Le roman
Miramare, août 1957
Un roman en 19 toiles

Sanremo, août 1957. Anna Valeri, trente-deux ans, emporte au Grand Hôtel Miramare le Rolleiflex de son père et l’enveloppe que son mari lui remet chaque lundi. Dix jours pour découvrir ce que valent un architecte, un promoteur, une chanteuse — et ce qu’elle vaut elle-même. Chaque chapitre part d’une des 19 toiles de la collection.
Chapitre 1 — La Fiat
Pendant les neuf premières années de mon mariage, je fus, sinon heureuse, du moins parfaitement tranquille, et je confondais les deux choses avec une bonne foi qui m’étonne aujourd’hui. La question de savoir si j’aimais mon mari ne s’était jamais posée. Ce n’était pas que la réponse allât de soi : notre vie était meublée de telle sorte qu’aucune question n’y trouvait de place. Je veux raconter ici comment, au cours de dix jours d’août dans un hôtel de la Riviera, cette question finit par se poser. Non pas à cause d’un homme, comme je l’ai longtemps cru, et comme on le croira peut-être en me lisant. À cause d’une somme d’argent que je n’avais jamais comptée, et d’un appareil photographique dont je ne savais pas me servir.
L’argent d’abord. Chaque lundi matin, avant de partir pour son bureau du corso Venezia, Vittorio posait sur la console de l’entrée une enveloppe blanche, non cachetée. Elle contenait l’argent de ma semaine. Je la prenais sans l’ouvrir et la glissais dans mon sac, d’un geste devenu si habituel que je ne le voyais plus. Je ne savais pas combien il y avait dedans ; je savais seulement qu’il y en avait toujours assez. Cette ignorance me paraissait alors la forme même de la délicatesse conjugale : il ne me demandait pas ce que je faisais de son argent, je ne lui demandais pas combien il m’en donnait, et nous appelions cela la confiance. Si quelqu’un m’avait dit à cette époque que j’étais payée, je me serais récriée. J’aurais répondu, très sincèrement, qu’une femme qui ne compte pas ne peut pas être payée, puisqu’elle ignore son prix.
L’appareil ensuite. C’était le Rolleiflex de mon père, dans une boîte de cuir brun, carrée, à la courroie usée aux angles. Il me l’avait donné le jour de mes trente ans, quand ses yeux avaient commencé à baisser. — Toi, tu regardes, m’avait-il dit ; tu as toujours regardé ; fais-en quelque chose. — J’avais remercié et posé l’appareil sur une étagère, entre un dictionnaire et une coupe de cristal, où il était resté deux ans.
Les 19 chapitres
- ILa Fiat
- IILe boss
- IIIAprès le bain
- IVGarçons
- VLe Café
- VILe Court
- VIIL'Ascenseur
- VIIILa boss
- IXFilles
- XL'Épicerie
- XIL'Après-midi
- XIILe Cinéma
- XIIILe Téléphone
- XIVDe l'autre côté
- XVLa Poissonnerie
- XVILa messe
- XVIISport
- XVIIILe Quai
- XIXVacances !
Le livre paraîtra en édition limitée, illustré des 19 toiles. Laissez votre e-mail pour être prévenu.